La règle d’or éducative

article du 26/09/2011

Les signaux d’alarme dans l’éducation se multiplient et pourtant ils ne proviennent pas seulement des dangereux gauchistes syndicalistes. Entre 2000 et 2008, la part des dépenses intérieures à l’éducation est passée de 7,3 à 6,6% du P.I.B. Dans ce contexte, une journée de mobilisation aura lieu le mardi 27 septembre à l’appel de plusieurs organisations syndicales.

 

La saignée

Alors que 150 000 jeunes sortent sans qualification du système scolaire depuis des années, le sinistre mais néanmoins ministre Chatel annonce 16000 suppressions de postes d’enseignants à la rentrée 2012 qui s’ajouteront aux 50 000 suppressions depuis 2007. Ce massacre organisé de l’Ecole répond aux engagements irresponsables et partisans de Sarkozy en 2007.

 

L’inégalité généralisée

Comme le signalait un rapport de l’OCDE en 2009, la France est l’un des deux pays de cet organisation où l’origine familiale a le plus d’impact sur la scolarisation. Rien d’étonnant quand on sait qu’avec cinq enseignants pour 100 élèves, le taux d’encadrement dans le primaire en France est le plus faible des pays de l’OCDE.

Dans le secondaire, les dernières réformes ne font qu’aggraver ces déséquilibres. Le dernier rapport sur l’application de la réforme du lycée souligne combien elle déstabilise le lycée. La multiplication des inégalités de traitement entre établissements est certainement la conséquence la plus néfaste. Que l’élève soit de Marseille ou de Quimper, il n’a pas le même nombre d’heures de mathématiques : n’a-t-il pourtant pas le même droit à la réussite ? En France, un lycéen de milieu défavorisé a deux fois moins de chances d’entrer dans l’enseignement supérieur que s’il avait grandi en Espagne ou un Irlande

Sur dix fils de cadre entrés au collège en 1995, huit étaient encore étudiants dix ans après et un seul avait arrêté ses études sans avoir obtenu le bac. Sur dix enfants d’ouvriers en revanche, trois sont dans le supérieur quand la moitié a quitté le système sans le bac.

Contrairement à ses principes fondateurs, l’Ecole de la République s’est transformée en machine à amplifier les inégalités sociales.

 

Une refondation de l’école ?

L’école française reculant dans les différents classements internationaux (ex. étude PISA, OCDE), la remise en question de l’enseignement a conduit à la réduction des exigences disciplinaires. Au fil des ans, dans une mouvance souvent consensuelle d’ailleurs, la maîtrise d’un socle commun de compétences à minima est devenu le nouveau Graal. Comme le changement de thermomètre n’a jamais guéri, cet outil construit dans les hautes sphères ministérielles ne modifiera en rien les difficultés des enfants. Seuls les parents pourront être, après les enseignants, noyés dans un océan de termes où la didactique rejoint souvent l’ineptie.

 

Le malaise enseignant

Alors que 52% des enseignants tenteraient de décourager leur enfant de le devenir, le métier est de moins en moins attrayant. La multiplication des casquettes assumée tant bien que mal au fil des années (orientation, psychologie, conseiller familial) relègue bien loin le soucis de l’instruction. Lâchés brutalement à plein temps devant les élèves durant leur première année d’enseignement, les enseignants sournoisement appelés « stagiaires » n’en ont que le qualificatif. L’énumération des difficultés rencontrées est à la hauteur du désastre de la réforme de la masterisation : mutés dans des zones difficiles alors que le ministère avait pris théoriquement ses précautions, sur plusieurs établissements, sans tuteur, …. L’improvisation de cette contre-réforme avait pourtant entraîné une vive protestation mais Chatel a persisté dans son délire destructeur.

Bien que les organisations syndicales ne pointent même pas du doigt cette régression pour ne pas être encore une fois qualifiés de privilégiés, depuis 1995, le salaire statutaire des enseignants du primaire et du secondaire des deux tiers des pays de l’O.C.D.E. a augmenté en valeur réelle, il a diminué en France, alors même qu’il est déjà inférieur à la moyenne. Ainsi, en 2009, un enseignant du primaire avec quinze années d’ancienneté touchait annuellement en moyenne 29,3 k€ en France, 50 k€ en Allemagne, 34,6 k€ en moyenne. La vocation, le dévouement ne peuvent suffire à attirer de nouveaux enseignants. Conséquence directe, l’an dernier, le nombre de candidats aux concours de recrutement dans l’enseignement a chuté de moitié.

 

Le renouveau de l’éducation en 2012 ?

La tâche est immense mais c’est aussi un énorme espoir pour la France : quoi de plus valorisant que de croire en sa jeunesse ? Pour y parvenir, il s’agira de faire des choix : se résigner à la règle d’or budgétaire ou défendre l’éducation. Tout comme les discours grandiloquents ne suffiront pas, la résignation ne saurait devenir notre slogan !

Si les moyens budgétaires ne constituent pas une vision pour l’école, ils sont un préalable intangible. Notre candidat en 2012 devra affirmer qu’il ne s’agit pas seulement d’« arrêter les suppressions de postes » mais bien d’en créer massivement notamment dans le primaire, talon d’Achille de l’éducation. Notre Ecole doit être repensée pour redevenir un véritable ascenseur social, notre pacte républicain en dépend.

 

Affirmons nos différences avec la droite, la finance ne doit pas nous contraindre à renoncer à nos valeurs.

 

 

 

 

 

Laurent JOHANNY