De l’unité de la gauche allemande.

Les commentaires affluent sur l’écrasante victoire d’Angela Merkel lors des dernières élections en Allemagne. S’en tenir à eux reviendrait à oublier une vérité mathématique tout aussi évidente : la gauche rassemblée détient la majorité des voix en nombre de sièges : le SPD en obtient 192, Die Linke 64, les Verts 63 soit un total de 319 alors que la CDU (dont sa composante ultra conservatrice bavaroise la CSU) en obtient 311. Oui, la gauche est majoritaire au Bundestag allemand !

Une transposition aveugle avec la situation française serait insensée tant nos systèmes de représentation politique sont différents. Pour autant, les enseignements que doit en tirer la gauche française sont primordiaux.

 

Ce constat ne relativise en rien le score obtenu par la chancelière sortante. Elle a su rassembler son camp et surtout su anéantir ses alliés. Les libéraux du FDP, avec qui Merkel gouvernait depuis 2008, détenaient 93 sièges depuis 2009 : avec moins des 5% requis, ils ne sont plus représentés au parlement. Leur ligne profondément anti-sociale, destructrice des services publics notamment, a été balayée par les Allemands.

 

Le SPD réalise un score faible relatif à mon sens à sa participation à la première équipe Merkel de 2005 à 2009 mais aussi à la politique menée par le chancelier Schröder auparavant. Les sociaux-démocrates y ont suivi aveuglément des orientations libérales.

Aujourd’hui, leur responsabilité est historique : ils détiennent la clef du prochain gouvernement allemand mais aussi une possible réorientation du projet européen.. Le programme qu’ils ont porté lors de cette dernière campagne se distingue par une ligne plus tranchée que par le passé (création du salaire minimum, tranche à 49% pour l’impôt sur le revenu). S’ils se laissent amadouer par les sirènes du pouvoir avec la droite, ils devront assumer les conséquences lourdes de sens en Europe. Choisir de s’enfermer dans un gouvernement de coalition avec la CDU, serait synonyme de renoncement. Certes ils pourraient négocier la mise en place d’un salaire minimum mais avec les exigences d’une Merkel de fer, les avancées seraient bien minces. Ce serait aussi signer l’arrêt de mort de leur parti, soumis alors à de profondes divisions internes.

 

Les sociaux-démocrates allemands ont la possibilité et la responsabilité de se rapprocher des partis « die Grünen (les Verts) et « Die Linke » (la gauche) pour former un gouvernement de gauche susceptible de fonder un projet fort pour l’Allemagne et porteur d’espoir en Europe. Malheureusement, certains dirigeants du SPD refusent déjà tout accord avec Die Linke sous prétexte d’un manque de « maturité politique » : c’est oublier que le Peuple, tout turbulent qu’il est, a voté majoritairement à gauche !

 

 

Laurent JOHANNY